Le soin psychiatrique ne releve pas du controle social

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La CGT s’inquiète de la procédure : absence de texte préparatoire, de réunions de présentation cloisonnées invitant séparément les différentes associations et organisations syndicales. S’agirait-il d’éviter toute cohésion entre les différents acteurs de la psychiatrie publique qui, depuis le « discours d’Antony », s’inquiète collectivement des choix sécuritaires actuels sur le devenir du soin et des patients ?
 
Ce projet de réforme arrive après la circulaire du 11 janvier 2010, qui a désigné les préfets comme uniques responsables des sorties d’essai, pourtant véritables outils thérapeutiques.
L’avis médical devient accessoire, par conséquent le patient, son soin et ses restrictions de liberté sont remis entre les mains uniques du Ministère de l’Intérieur !
 
Le Ministère de l’Intérieur, alors seul garant de l’ordre public, devient juge de l’octroi de la liberté du malade, repéré comme nécessairement dangereux pour la société. Dans ce contexte, le ministère a beau vouloir afficher sa volonté de promouvoir une loi reposant sur une démarche sanitaire et non sécuritaire, il n’est pas crédible !
 
Pour la CGT, le soin sans consentement doit être une mesure thérapeutique d’exception. La Fédération CGT Santé et Action Sociale revendique une loi sanitaire fondée sur l’intérêt de la personne avec une pertinence clinique. La réforme proposée, axée sur la protection de la société, représente un outil pouvant laisser libre cours à toutes dérives totalitaires, le repérage de comportements «  à risque » pour la société, venant légitimer la nécessaire protection de l’ordre social.
 
Notre Fédération exige l’intégration de garanties sur les libertés individuelles et les droits des malades dans le projet de réforme. La CGT est extrêmement sensible à tout esprit ségrégatif ou déterministe sur la maladie mentale, signe d’une société déshumanisante.
 
La CGT a rappelé au Ministère de la Santé que la révision des hospitalisations sous contrainte ne pouvait se réaliser qu’à travers une véritable politique sur la psychiatrie. Pour notre Fédération, la révision de la loi sur les hospitalisations sans consentement doit être intégrée dans une loi d’orientation et de programmation sur la psychiatrie, à partir d’une réelle réflexion sur la prise en charge des malades mentaux et la prise en compte des difficultés actuelles de la psychiatrie publique. Or, avec la casse des services publics, la psychiatrie de secteur se retrouve à « gérer » la maladie mentale, plutôt que de la soigner. Le manque de personnels, les formations régentées par les laboratoires pharmaceutiques, les budgets insuffisants, les restructurations des lieux de soin, au prétexte « d’optimiser les ressources humaines » ne permettent plus à la psychiatrie de secteur de répondre aux besoins de la population. C’est une déstructuration d’une conception humaniste de la prévention aux profits de structures de gestion sécuritaire de crise : UMD (Unités pour Malades Difficiles), UHSA (Unités d’Hospitalisations Spécialement Aménagées)…
 
La CGT refuse que les soignants de la psychiatrie redeviennent les « garde-fous » de la société à la botte du Ministère de l’Intérieur.